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Un petit coup de gueule en passant … sur la crête de Grascouéou …

Il était une fois un bel ensemble de granges foraines sur des estives intermédiaires. Le site a pour nom Grascouéou (curieusement nommé « Grascoucous » sur le cadastre figurant sur Géoportail). Il est situé sur la montagne de Vielle-Aure qui surplombe Saint-Lary. Jadis, les granges avaient un usage pastoral. Elles servaient à abriter le bétail qui paissait alentour au printemps et à l’automne et à engranger le foin récolté en été lorsque les bêtes estivaient plus haut, vers Espiaube. Comme le dit le CAUE (conseil d’Architecture, d’Urbanisme et de l’Environnement ), « elles sont emblématiques de la culture pyrénéenne et du paysage« .
Aujourd’hui, sur le site de Grascouéou, elles n’ont plus guère de fonction pastorale vu l’état d’abandon dans lequel certaines se trouvent.

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grange de Grascouéou - Saint-Lary pastoralisme pyrénées

Une grange qui se ruine est également une perte d’aménités environnementales

Chaque année, je parcours le site et je me désole de voir les bâtiments inexorablement s’abimer, victimes des rigueurs de l’hiver et de l’oubli des hommes …

Ici, il ne s’agit pas de bâtiments isolés mais desservis par une piste. Contrairement aux granges de Camplets situées juste en dessous et qui sont complètement étouffées par la forêt, celles-ci sont facilement accessibles pour des entreprises devant intervenir. Alors, à quoi attribuer cet abandon ? Problèmes financiers pour restaurer ? désaccord entre héritiers ou tout simplement négligence ?

En comparaison, les granges foraines du Val de Camparan sont, elles, beaucoup mieux conservées …

N’y-a-t-il donc rien à faire pour empêcher ces témoins de la vie pastorale de se réduire en tas de pierres ?

Il y a, en fait, peu de moyens pour contraindre des propriétaires à réaliser des travaux sur des demeures privées. La règlementation n’a que peu de prise sur la ruine, sauf si celle-ci constitue un danger. Quel contraste avec les contraintes imposées en matière de bâti lorsqu’on souhaite aménager ou restaurer une grange (cf sur le sujet, les règles de constructibilité édictées par la Direction Départementale des Territoires).

Je ne sais quels moyens pourraient être utilisés pour stopper les dégradations, voire restaurer, mais avouez que cet état de délabrement est un outrage à la mémoire des anciens qui seraient révulsés à la vue de ce qu’est devenu le bien qui leur a demandé tant de sueurs et d’efforts. Et que dire du regard des promeneurs, nombreux sur le site en été, auquel on vante l’esprit authentique des Pyrénées ? Sans compter les dangers que peuvent présenter ces ruines pour les visiteurs et leurs enfants qui peuvent parfois y pénétrer.

Vraiment un spectacle désolant qui n’honore pas la vallée d’Aure …

MAJ 16/09/2015

Le CAUE et le Parc national des Pyrénées ont répondu sur la problématique ainsi que sur les éventuelles pistes de financement pour la restauration des granges :

Les collectivités locales ne peuvent forcer un propriétaire à engager des travaux, sauf cas urgent de péril à autrui (façade menaçant de s’effondrer sur le domaine public) ou d’insalubrité extrême.

Concernant les aides pour la restauration de granges privées qui ne sont plus en activité, la Fondation du Patrimoine peut aider les particuliers et également les collectivités ou associations. Contact : Alexandre Tahon, le chargé de mission de la fondation à Toulouse au 05 62 19 00 71.
https://www.fondation-patrimoine.org/

Il existe des possibilités de financement des granges foraines, tant qu’elles restent agricoles (utilisation pour stockage du foin et/ou des animaux). Stricto sensu, les granges passées au pastoralisme, utilisées en estives comme cabanes pastorales ou « infirmeries », ne sont pas éligibles. Il s’agit de financements FEADER. Contact Monsieur Noté – Direction Départementale des Territoires 65.

 

Maynat de Moulor

11 Réponses to “Pastoralisme : chronique de morts annoncées”

  1. Jean-Luc Laplagne dit :

    Bonjour,
    déjà, la piste d’accès est interdite.
    Comment restaurer un bien si la liberté d’aller et venir sur une piste publique, ou financée par des deniers publics, est fermée à la circulation ?
    Demander à ses usagers actuels, et à la mairie de Vielle-Aure sur le territoire de laquelle se trouvent piste et granges, pourquoi une piste publique est fermée au public.
    Ensuite, on discute.
    Cordialement, JL Laplagne.

  2. Maynat dit :

    Bonjour,
    La piste d’accès est autorisée aux résidents

  3. Yves Maniette dit :

    Alentour ne prends pas de s ici, merci de corriger. Quant à inoxérablement, alors là c’est une trouvaille. Cela dit en effet il serait bon de redonner vie à ces lieux.

  4. Yves Maniette dit :

    Et prend non plus ne prend pas de s. Pan sur le bec.

  5. villette dit :

    Merci pour ta correction, Yves 🙂

  6. pedelucq dit :

    bonjour
    si l’on m’en donne une je la rénove de mes mains !

  7. Jean dit :

    Bonjour, je suis l’heureux propriétaire d’une de ces granges encore couverte d’ardoises qui n’a ni brèche dans les murs, ni large trou dans le toit parce que chaque année je m’oblige à réaliser un minimum de travaux d’entretien, je ne suis pas agriculteur, je ne vit pas dans la région, je comprends les lamentations sur la perte du patrimoine car mes ancêtres ont construit cette grange. On arrive à un moment où le simple entretien n’est plus suffisant, il faut reprendre toutes les charpentes, mais comment demander à des propriétaires de bâtiments qui étaient destinés à un pastoralisme qui n’existe plus depuis longtemps d’investir du temps ou de l’argent (c’est la même chose) sur des bâtiments dont on ne peut pas changer la destination (ces granges doivent rester grange, interdiction de les aménager en logement ou en autre chose), à un endroit où il n’y a ni eau en quantité (un unique abreuvoir avec un filet d’eau) ni énergie, il faut tout monter et au bout de la piste mieux vaut posséder un 4×4. Pour ma part mes moyens ne me permettent pas d’investir pour la simple beauté du geste et je pense ne pas être le seul dans ce cas.

    La grange dont le toit est cité en exemple pour sa réalisation au clou appartient à un exploitant de camping de la vallée qui, à ma connaissance, s’en sert comme but de promenade pour les activités des touristes du camping, Il y a donc un retour sur investissement. J’ai assisté à une partie des travaux de rénovation de cette grange et c’est l’hélico d’Altiservice qui a livré les matériaux quand je finissais pour ma part de monter mes ardoises depuis la piste dans mon sac à dos, qui a payé les heures d’hélico de la station de ski ?
    Sans activité économique autour de ce patrimoine, je ne vois pas comment inverser son inexorable dégradation. Si certains ont des idées pour trouver des mécènes n’hésitez pas…

  8. villette dit :

    Merci de votre contribution, Jean.
    Je comprends aussi votre position.
    Dans l’idéal, il serait bien de conserver le bâti original avec ardoise au clou mais on sait ce que cela coûte. Il y a eu une grange en L qui a entrepris une rénovation partielle en ce sens, il y a quelques années.
    Personnellement, mais c’est un avis parmi tant d’autres, je préfère un toit en bac acier que pas de toit du tout. Il y a d’ailleurs certaines granges de Grascouéou qui ont été ainsi rénovées.
    Ce qui me désole, c’est de voir ces granges s’abîmer sans qu’aucune mesure de sauvegarde (même temporaire) soit prise. Et la dégradation va très vite et est malheureusement irréversible à un certain moment. Pour exemple, j’ai photographié un toit qui est relativement correct sauf sur son bas, âbimé, d’où les infiltrations dans le mur qui gonfle et va bientôt tomber.
    Je sais par ailleurs, que les bâtiments à usage agricole de caractère situés en zone d’adhésion du parc national des Pyrénées, même s’ils n’avaient plus de fonctions agricoles en tant que telles, pouvait, à une certaine époque, bénéficier de fonds européens au titre de la sauvegarde du patrimoine.
    il faudrait vérifier si c’est toujours le cas …

    Il y a effectivement des contraintes pour aménager des granges avec si peu de commodités.

  9. villette dit :

    A ma connaissance, les granges peuvent être aménagées en logements à condition de ne pas dénaturer le bâti. Pour Grascouéou, je pense que le séjour permanent n’est pas autorisé du fait des conditions difficile d’accès l’hiver.
    Le coin étant idyllique pour des camps de jeunes, ne pourrait-on envisager des baux de location entre propriétaires et centre de vacances valléens qui organiseraient des chantiers de rénovation comme il en existe dans les chateaux. Les chantiers de jeunes seraient encadrés par des professionnels, ce qui diminuerait le budget.
    Une fois rénovée et équipée de façon rudimentaire par le centre, la grange pourrait être occupée, l’été, pour des séjours temporaires d’une à deux journées.
    C’est juste une idée, je ne sais pas ce qu’elle vaut ….

  10. villette dit :

    Jean, avez-vous essayé d’obtenir le label de la Fondation du Patrimoine ? je vous communique les infos en MP

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